Allergie à la pêche, fruit de l'été, un vrai casse tête

Allergie à la pêche, fruit de l’été, un vrai casse tête

La pêche, ce fruit à la peau duveteuse que l’on déguste avec délice. Parfois, ce plaisir gourmand vole en éclat avec l’apparition d’une kyrielle de manifestations allergiques. Il va sans dire, qu’en fonction de l’allergène responsable, les conséquences peuvent être dramatiques. Avec le Docteur Sébastien Lefèvre, chef du service d’allergologie CHR Metz-Thionville , faisons le point sur ces différences marquantes de l’allergie à ce fruit à noyau .

Un réservoir d’allergènes

Dr C.Q. :Les végétaux constituent une source de différentes familles allergèniques allant des PR10 ( les plus connus) à la « petite dernière » identifiée celle des Snakin/gibberellin-regulated proteins.

Dr S. Lefèvre :  

« Effectivement, il existe plusieurs protéines allergisantes au sein d’une source allergénique et notamment dans les fruits.

Il s’agit de protéines de défense, ubiquitaires dans le règne végétal. Plusieurs de ces protéines ont été identifiées, et les principales sont :

–          PR-10 : BetV1 like, c’est-à-dire similaire à une des protéines majeures1 du pollen de bouleau

–          PR-5 : Thaumatine like proteins ou TLP

–          PR14 : Lipid transfert proteins ou LTP »

1:l’allergène majeur est une protéine déclenchant des réactions allergiques chez plus de 50% des allergiques.

Un fruit, plusieurs possibilités

Le principe de différences allergèniques s’applique à la pêche. Nous allons illustrer par de courtes fictions, ces disparités et vous expliquer en quoi diffère l’allergie à la pêche pour Manon, Line ,Tristan et Valentin.

Les allergènes sont désignés selon la dénomination IUIS. Il s’agit d’utiliser les trois premières lettres du genre suivi de la première lettre de l’espèce et du numéro d’ordre de découverte. Pêche = Prunus persica donc Pru p

Manon et PR10 (Pru p1):

Manon habite du côté de Lille. Depuis 5 ans, au début de printemps, elle se plaint d’une rhino-conjonctivite. Son allergie au bouleau est confirmée par des tests allergologiques. De plus cela fait un an qu’elle ne peut plus manger de pêche crue. Ses lèvres se mettent à gonfler et son palais démange.

Dr C.Q. : En quelques mots, pouvez- vous également redéfinir la notion d’allergie croisée et nous parler de ce phénomène avec les PR10?

Dr S. Lefèvre:

« Comme je vous le disais, il existe des homologies structurelles entre les protéines allergisantes des pollens et des fruits. La sensibilisation aux pollens de bétulacées, dont le chef de file est le bouleau, entraine donc des réactions croisées avec les fruits. Dans le cas de Manon, l’allergie aux pollens de bouleau, responsable de sa rhino conjonctivite, entraine un syndrome d’allergie orale, du fait de ces homologies avec les pollens. En résumé, la sensibilisation initiale de Manon aux pollens de bouleau, entraine des symptômes locaux (oedème des lèvres, démangeaisons dans la bouche), ORL (éternuements), lors de la consommation de fruits crus. Les PR-10 etant thermolabiles, la cuisson du fruit entrainera la destruction des protéines et donc, sa consommation dans des compotes, des confitures ou des gâteaux est sans symptômes « 

Line et L.T.P. (Pru p3):

Line, 20 ans, se sent mal. Elle vient de manger une pêche sans l’avoir épluchée, . La jeune femme se couvre d’urticaire . Elle ressent des difficultés pour respirer et déglutir. De plus, elle se met à tousser et à vomir. Son entourage appelle rapidement le 15. Le bilan allergologique, réalisé à distance de cet épisode, incrimine les L.T.P. de la pêche. Durant une consultation, elle explique, être consommatrice régulière de cannabis qui, depuis quelque temps, la fait éternuer.

Dr C.Q. :Il s’agit d’une allergie croisée avec une famille allergénique différente .

Dr S.Lefèvre:

« Ce cas est typique d’une sensibilisation aux LTP via le cannabis. En effet, il existe également une LTP (Can s3) dans le chanvre (et donc dans le cannabis), qui entraine une réactivité croisée avec les fruits porteurs d’une LTP. Les LTP, contrairement aux PR-10, ne sont pas thermosensibles. La rhinite lors de la consommation de cannabis est typique de la sensibilisation aux LTP. Les symptômes apparaissent secondairement avec une grande diversité de fruits . Généralement, l’arrêt du cannabis permet de diminuer ces symptômes »

Dr C.Q. : Quelles sont les allergies croisées possibles et plus fréquentes avec d’autres végétaux?.

Dr S. Lefèvre.

« Il faut d’abord comprendre que l’allergie aux LTP est souvent d’emblée sévère et potentiellement létale en l’absence de tout traitement d’urgence par adrénaline . Les protéines allergisantes étant résistantes à la chaleur, mais également à l’acidité gastrique, leur ingestion peut entrainer un choc anaphylactique .La sensibilisation aux LTP est plutôt l’apanage du sud de la France et du pourtour méditerranéen, par une sensibilisation primaire à la pêche . Encore une fois tous les fruits comme les rosacées dont la pêche fait partie, contiennent des quantités variables de LTP, pouvant donc déclencher une réaction allergique ».

Tristan et T.L.P (Pru p2):

Tristan est originarie du sud de la France, il est connu, de longue date, allergique au cyprès . Vers 16 heures, il décide de manger une pêche et le résultat ne se fait pas attendre. Rapidement, il ressent des signes évocateurs d’un choc anaphylactique et se retrouve aux urgences.

Dr C.Q. :Dans ce cas précis, la famille des TLP  » Thaumatine like protéines » est évoquée.

Dr S. Lefèvre:

« Les TLP, tout comme les LTP peuvent engendrer une anaphylaxie grave. Le nombre de patients sensibilisés aux TPL, semble moins important que celui sensibilisés au LTP. Il s’agit d’une allergie croisée avec les pollens de cyprès. »

Valentin et snakin/gibberellin-regulated proteins(Pru p7).

Valentin 30 ans habite dans la région de Marseille. À 16 heures, il avale un jus d’orange pressé et trente minutes plus tard apparaissent une urticaire et un oedème du visage ainsi qu’une gêne respiratoire. Il va bénéficier d’une injection d’adrénaline et d’une surveillance en milieu hospitalier durant 24 heures. Atopique, il est connu comme allergique au cyprès. Plusieurs mois auparavant , il a présenté un même épisode de choc anaphylactique cette fois-ci en mangeant une pêche.

Dr C.Q.Nous voilà devant une nouvelle famille d’allergènes.

Dr S. Lefèvre:

« Il s’agit d’un allergène de description récente (BP14), présent dans le pollen de cyprès . Cette petite protéine croise également avec la peamacleine (Pru p 7) de la pêche et une protéine des agrumes (citron , orange ..), permettant de décrire des syndromes Cyprès/pêche/agrumes, comme pour Valentin. Encore une fois il s’agit d’allergènes résistants à la chaleur et pouvant être responsable de signes cliniques sévères de type choc anaphylactique »

Dr C.Q. : ce nouvel allergène de pêche se retrouve également dans la pulpe et la peau du fruit et peut donc entrainer des allergies croisées avec d’autres fruits comme vous le signalez avec l’orange mais aussi la grenade ou l’abricot du Japon. On peut affirmer que l’allergie a la pêche au nord de la France ( due aux PR10 ) est potentiellement moins grave qu’au Sud ( due aux allergies croisées avec les pollens de cyprès). Cependant certains facteurs ( effort, prise d’ alcool ou de médicaments tels que les A.I.N.S., bêta bloquant, et I.E.C) peuvent aggraver les symptômes locaux observés classiquement en cas d’allergie aux PR10.

références

https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S1877032019303859

https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S1877032015004716

https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S1877032021004279

https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S1877032019303586

https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-01791653/document

illustrations Stocking pour freepik

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